Sparklehorse – Mark Linkous

Mark Linkous s’est donné la mort dans  la nuit du 6 mars. Aussi étrange que cela puisse paraître, lorsque j’ai appris la nouvelle ce dimanche matin, je me suis rappelé que ma relation avec la musique de Sparklehorse fut celle d’un éternel rendez-vous manqué … La première fois que j’ai vu et entendu Mark Linkous, c’était lors de son passage à Nulle Part Ailleurs sur Canal +. Ce live m’avait laissé comme partagé entre l’indéniable puissance mélodique des morceaux, mais aussi par la grande tristesse qui s’en exhalait. A l’époque j’étais bien trop jeune pour aimer cette mélancolie, il me fallait quelque chose de plus direct, plus expensif, plus électrique, comme les Pixies, les Foo Fighters voire Rage Against The Machine. Premier rendez-vous manqué …

Début des années 2000, je jette mon dévolu sur « Vivadixiesubmarinetransmissionplot » et « Good Morning Spider », mais je passe complètement à côté de « It’s a Wonderful Life ». Nouveau rendez-vous raté, pourtant en pleine période où je m’ouvre le plus possible en matière de rock indé. Mark Linkous trouve alors une place de choix dans ma musique, je passais en boucle les deux premiers disques, souvent avec d’autres albums de songwriters précieux que je découvrais à ce moment, certains sont morts depuis : Elliott Smith, Vic Chesnutt … Fort heureusement Mark Kozelek se sent mieux, Lou Barlow a des enfants et Daniel Johnston prend des médocs … Homecoming Queen reste toujours un titre qui me file la chair de poule, avec juste une guitare et une voix lointaine …

C’est finalement en 2002, lors d’un concert au Festival des Inrocks, que je pus voir Mark Linkous en live. Seul avec sa guitare électrique, aidé d’un musicien qui l’accompagnait avec un laptop et je crois d’une batterie, il livrait là un set magnifique, habité, et fort, mais malheureusement parasité par quelques fans hardcores de Dyonysos qui étaient venus en force voir le groupe de Mathias Malzieu. Ils m’avaient bien gonflés à papoter de tout et surtout de rien pendant que Mark Linkous chantait d’une voix précieuse, et je pense qu’ils l’avaient gonflé aussi, tant il semblait vexé sur la fin du show qu’il expédia d’un trait.

Pour le reste, il y a aussi “Dreamt for Lightyears in the Belly of a Mountain”, un grand disque de nuit que j’ai beaucoup écouté lors de tristes soirées, en particulier Don’t Take My Sunshine Away, et See The Light, jouées avec les Flaming Lips et Danger Mouse ou encore l’ambiant Dreamt for Light Years in the Belly of a Mountain qui passe très bien entre minuit et une heure du matin. Un disque qui avait mis longtemps à être réalisé, Mark Linkous ayant traversé une grande période de dépression. Un disque de guérison, un disque que j’ai beaucoup écouté dans des moments où tout était très bas. Sparklehorse, songwriter cabossé pour trentenaires fatigués …

L’année dernière pourtant, avec les deux disques auxquels Mark Linkous a collaboré – « Dark Night of the Soul » et « In The Fishtank » avec Fennesz – je me suis dit qu’il allait mieux, qu’il diversifiait encore plus ses compositions (écriture pour des chanteurs différents, écriture improvisée au laptop), que Linkous était reparti. Malheureusement non. Mark Linkous s’est donné la mort dans la nuit du 6 mars. Aussi étrange que cela puisse paraître, lorsque j’ai appris la nouvelle ce dimanche matin, je me suis rappelé que ma relation avec la musique de Sparklehorse fut celle d’un éternel rendez-vous manqué …

Par Mathieu

3 thoughts on “Sparklehorse – Mark Linkous

  1. Très bel hommage. Moi aussi je l’ai raté. J’ai découvert très récemment vivie…
    Darknight of the soul et entre les deux je ne connais rien de sparklehorse.
    Mais vivie… m’avait bien plu.
    Un quasi-quarantenaire très fatigué.

  2. Loupé moi aussi. Et puis je n’avais pas compris sa musique il y a quelques années, je la comprends un peu plus avec le temps. Dark Night Of The Soul est superbe.
    Je suis bien triste.

  3. Le connaissant personnellement, je retiendrai l’image d’un miraculé de la vie. Il avait eu un très grave problème de santé il y a une quinzaine d’années qui aurait pu le clouer définitivement dans une chaise roulante. C’était un gars gentil et doux, toujours très étonné qu’on puisse aimer sa musique. Bizarrement, les gens l’auront découvert via cette expérience collective qu’est Darknight of The Soul, oeuvre dont on retiendra tout sauf l’exigence artistique qui le caractérisait habituellement. Bref, ce sont ses collaborations avec Fennesz et ses 4 autres albums, qu’il faudra retenir. RIP, man.

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