The Cure – Pornography

Aujourd’hui j’ai eu trop chaud au travail, j’étais devant mon ordinateur à faire des traductions de textes, et pour refroidir l’ambiance je me suis passé « Pornography » de Cure. Une vague froide. « It doesn’t matter if we all die » crie d’entrée de jeu Robert Smith, en colère après le monde entier. D’ailleurs la première fois que j’ai entendu ce disque, je l’ai arrêté tout de suite. Ce n’était pas le bon moment, je n’étais pas dans le bon état d’esprit pour l’écouter …

J’avais acheté un vieux CD datant des années 90, avec une compression catastrophique, il est resté longtemps dans ma discothèque sans que je l’écoute. Je préférais plutôt me plonger dans les méandres mélancoliques et confortables de « Disintegration » ou encore « Seventeen Seconds ». Mais passer « Pornography » c’était un peu comme voir quelqu’un exhumer ses vieilles cicatrices encore purulentes, ce n’est pas très beau à voir, et je n’avais à l’époque clairement pas envie de ça. J’avais déjà usé quelques larmes sur « Closer » et j’étais maintenant moins sensible à cette noirceur froide.

Et puis un trajet en train, à l’époque j’avais encore le CD, je me le suis passé dans mon lecteur portable, regardant défiler le paysage en me plongeant dans les basses sombres de Simon Gallup. C’est d’ailleurs cet instrument qui m’a raccroché à ce grand disque malade ; je jouais à l’époque de la basse dans un groupe, je trouvais alors une miriade d’idées pour m’exprimer. Sur la chaine je ne l’avais pas remarquée, mais là dans le train, avec la musique dans le casque, je pouvais entendre chaque note de basse, j’avais l’impression de redécouvrir le disque par cet instrument : le riff rageur de One Hundred Year, la lente procession sombre de Figurehead, ou encore la ligne mélodique de The Hanging Garden.

Pourtant  « Pornography » est avant tout la prise de pouvoir de Robert Smith, qui avait laissé jusqu’à « Faith » comme un parfum de démocratie, mais là c’est la dictature, la plongée directe dans les idées suicidaires du chanteur, Tolhurst et Gallup faisant face comme ils peuvent à cette douleur qui s’exprime, cette lutte trouvant son apogée dans Pornography, terrible conclusion qui semble préfigurer les guitares shoegazes de My Bloody Valentine.

Plus tard j’ai acheté le DVD « Trilogy », en voyant Smith et Gallup – ces deux-là sont presque comme deux frères jumeaux, ce n’est pas pour rien qu’il y a un titre qui s’appelle Siamese Twins – on sent bien que si l’eau a coulé sous les ponts, jouer ces morceaux reste encore un peu difficile. Ils ont l’air beaucoup plus décontracté quand ils passent à « Disintegration » ou « Bloodflower ».

Finalement j’ai trouvé « Pornography » en vinyle,  je cherchais un dessin animé pour ma fille dans un bac à DVD aux puces de la porte de Vanves. En face du  stand, il y avait un disquaire, j’ai parcouru le rayon « Punk / New Wave », beaucoup de disques de Cure. Finalement je suis reparti avec « Pornography » et « Shrek 2 », étrange contrepoint … Ce fut une redécouverte, les basses, encore elles, sonnaient tellement profondes, les guitares étaient beaucoup plus électriques et poisseuses, les batteries plus martiales. Je restais une fois de plus bloqué sur la terrible procession de Figurehead, cette basse, encore elle, devenait littéralement obsédante. Bref, rien à voir avec ma version CD mal mixée. Puis aujourd’hui j’ai eu trop chaud au travail, j’étais devant mon ordinateur à faire des traductions de textes, et pour refroidir l’ambiance je me suis passé « Pornography » de Cure. Une vague froide.

( ♫ ) The Cure – The Figurehead

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Par Mathieu

A noter aussi KMS qui a écrit par deux fois déjà à propos de “Pornography”.

3 thoughts on “The Cure – Pornography

  1. Salut.

    Le mystère “Pornography” ! Disque glauque, noir, froid et remplit d’une beauté malade. Un grand disque atteint d’autisme.
    Tu as raison, la basse de The Cure, via Simon Gallup, est un des éléments virtuose de leur musique.
    A propos de basse Curiste justement, l’album “Faith” (mon préféré) en regorge. Le titre d’intro “The Holy Hour” est un moment d’anthologie et sa ligne de basse est tout simplement énormissime. Chaque fois que je l’écoute, je suis littéralement happé par elle. Envoutante !!
    Le DVD « Trilogy » est superbe, tant au niveau musical que scénographique. Mais c’est marrant car on a souvent coutume de parler de trilogie The Cure avec les albums “Seventeen Seconds”, “Faith” et “Pornography” (moi le premier). Mais là, la bande à Smith joue leur trilogie en reliant “Pornography” avec 2 disques différents.
    Au niveau du son, fort heureusement, sont ressortis pas mal de leurs vieux skeuds en versions remasterisées. C’est le problème avec les vieilles versions C.D de disques vinyles. Moi, c’est 3 chef-d’oeuvres que j’ai en première version “cradingue” : “Harvest” de Neil Young, “Bitches Brew” de Miles Davis et “L’homme à la tête de chou” de Serge Gainsbourg. Pour chacun, il ya du souffle et surtout, le son est très bas !!!

    Sur ce, à + +

    1. Je l’ai en vinyle Faith, et effectivement je l’entends bien la basse. Mais la virtuosité je l’ai senti surtout sur Disintegration avec pleins de lignes mélodiques.

      Pour le DVD Trilogy, c’est Robert Smith qui nous a fait un petit caprice :), c’est vrai que la trilogy de Cure reste Seventeen Seconds / Faith / Pornography. Ceci dit j’aime beaucoup Disintegration malgré ses intros longue. Et je trouve super ennuyeux Bloodflowers, passé les deux premiers titres.

      Pour les pressages CD, j’ai aussi plein de disques mal pressés, que je suis en train de redécouvrir sous une oreille plus neuve en vinyle. Effectivement mes vieux Neil Young en CD sont une catastrophe …

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