Wooden Shjips – Volume 2

Ce soir tu es dans ta chambre, tu es allongé sur ton lit, à écouter de la musique. Seul, tu regardes le plafond d’un regard brumeux pendant que ton transistor crache les notes psychédéliques du Vampire Blues de Neil Young repris par les Wooden Shjips. Dehors c’est la nuit, les sirènes de police hurlent dans la ville, et ta mère dort, tu l’entends ronfler. Alors tu te lèves et tu attrapes un coffre caché sous ton lit. Tu l’ouvres et y prends le Manurhin MR73, une poignée de dollars ainsi que le sachet de haschisch qui se trouve dans le fond. Tu armes le pistolet et l’enfouis au fond de la poche droite de ton blouson, dans la gauche tu mets l’herbe. Tu sors enfin de cet appartement.

La rue est sale, le vent souffle légèrement et fait voler quelques détritus de poubelles, tu allumes le joint que tu viens de préparer, et après quelques temps tu commences à te sentir détendu. Dans tes oreilles il y a Start To Dreaming, toujours des Wooden Shjips, et tu te sens alors comme connecté avec le reste du monde. Tu marches un peu dans la rue, un, deux, trois, tu te sens malade et sale, plus mort que vivant. Tu arrives dans le quartier, il est là, il t’attend. Tu repenses encore à la version de Vampire Blues des Wooden Shjips au moment où tu lui tends la poignée de dollars ; en échange il te donne un petit sachet.

Tu marches encore quelques temps, d’un pas plus rapide, en direction d’un hôtel miteux. Tu rentres et tu donnes un billet de cinq dollars au type à l’entrée qui te tend alors la clé d’une chambre. Tu montes l’escalier de deux étages, chambre 213, tu rentres, tu refermes la porte, tu enlèves ton blouson et rentres vite dans la salle de bain. Dans le lavabo tu allumes du papier sous une tasse et tu y verses le contenu de ton sachet. De la poche arrière de ton jean, tu sors une sacoche, tu ouvres la fermeture éclair et tu y sors une seringue, et tu y plonges l’aiguille dans le liquide bouillonnant. Tu enroules un élastique autour du bras et y plantes l’aiguille, tu pousses le piston, il y a une goutte de sang qui remonte dans la seringue. Vampire Blues.

Tu t’allonges sur le lit, tu vois alors les quatre musiciens de Wooden Shjips qui jouent devant toi Death’s Not Your Friend. Il y a Omar Ahsanuddin qui frappe sur ces futs, Dusty Jermier qui joue des lignes de basse obliques et répétitives, Nash Whalen et son clavier, et surtout Erik “Ripley” Johnson qui joue de la guitare, et dont les riffs semblent être synchrones avec la montée de la drogue qui circule dans ton sang. Tu as alors l’impression de te noyer dans une mer d’eau noire. Tout ton corps semble être retourné de l’intérieur, tu vois tes muscles, tes os, tes veines, tes organes, ta peau, tes vêtements, qui dansent là devant toi. Tu plonges, loin, là bas, encore et encore …

Le lendemain tu te réveilles, dans tes oreilles il y a I Hear The Vibrations et tu te sens comme malade, tremblotant. Tu remets ton blouson et tu t’approches de la porte, tu entends alors un bruit, tu poses alors la main sur le Manurhin MR73 qui se trouve dans ta poche, tu ouvres la porte, deux policiers t’attendent. Tu sors le Manurhin et en allonge un, par contre le deuxième est plus rapide. Tu entends un drôle de bruit étouffé, tu as du mal à te tenir debout et tu tombes par terre. Tu vois alors une mare de sang qui est en train de se former sur le sol, au niveau de ta tête. Tes dernières pensées sont les dernières notes réverbérées de Outta My Head

( ♫ ) Wooden Shjips – Vampire Blues (Neil Young Cover)

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Par Mathieu

4 thoughts on “Wooden Shjips – Volume 2

  1. P….n, c’est le “requiem for a dream” du rock’n’roll, ou plutôt drug’n’roll ton texte !
    J’aime beaucoup tes écrits très “gonzo”, ta plume aiguisée, tranchante comme des lames de rasoirs et ton style à la Lester Bang…ouah, ça dépotte !!!

    J’ai découvert très récemment Wooden Shjips avec le titre “Dance, California” issu d’un 45T. Un morceau ultra bon et envoutant, au son énorme remplit de drones, de guitares et d’orgues répétitifs,minimaliste, joués pieds au plancher pendant que le batteur martelle un rythme robotique, frappant tel un barjot sur ses fûts !!!!!

    Et là, il reprennent mon songwriter adoré, le loner Neil Young. De plus, c’est un titre d’un de ces chef d’oeuvre, l’album “ON THE BEACH”…Avec “Zuma”, “Everybody Knows This Is Nowhere” et “Harvest”, le panthéon Neil Youngien !!!

    A + +

    1. “Requiem For A Dream” whaou je rougis là ! Effectivement Selby Jr, ou encore Ballard sont des auteurs que j’admire, alors forcément ça rejaillie quand je m’attaque à l’écriture de ce genre de texte, qui reste très court, condensé et référencé par rapport aux livres de ces génies.

      Après pour le style gonzo, je crois par contre que je ne l’ai utilisé que sur un seul texte. Ma vie est beaucoup moins passionnante et destroy que Lester Bangs 🙂 Et j’avoue que je me demande si ça vaut le coup de l’imiter, surtout en 2010, laissons le dormir en paix …

  2. Hello.
    Tout d’abord, merci de ce retour de commentaire. Quand je parlais de style gonzo, je me suis peut être emballé. Mais c’est ce coté “fictionnel” (ça ne se dit pas j’sais mais j’aime bien) que tu utilises pour parler de disques, au lieu des habituelles grandes analyses codifiées, qui m’a poussé à faire la connexion avec Lester Bangs. Ce type était un génie, tout comme H.Thompson (que je connais moins) !!

    J’ai lu et relu “Psychotic Réactions..”, son premier livre traduit en français (qui est en fait une compil de certains de ses meilleurs articles). Depuis que j’ai découvert, il y a plus de 12/13 ans, son style incandescent et flamboyant, c’est devenu pour moi LA référence suprême, un véritable bouquin de chevet. Et si, son travail est belle et bien de la littérature à part entière. C’est là tout son génie : Partir d’un simple papier sur le rock pour en faire…….autre chose. Mais autre chose de foutrement plus géniale !! Laissons la parole Lester et comme il le disait lui-même :

    “J’étais peut-être candidats _ sinon aujourd’hui, du moins demain _ au titre de meilleur écrivain d’Amérique. Qui était le meilleur ? Bukowski ? Burroughs ? Hunter Thompson ? Laissez tomber. J’étais le meilleur. Et pourtant je n’écrivais que des critiques de rock, et encore, pas tant que ça…..”

    J’ai découvert ton blog et les écrits m’ont immédiatement touché : une plume sympa, un certain style dans l’écriture et des choix pertinent qui me parlent. Et je suis vite sincère quand j’aime quelque chose. Voilà…..

    Salutation Rock’n’rolliènes……..

    1. Oui c’est effectivement l’idée, raconter une histoire dont le disque serait la bande-son idéale 🙂

      Et ma foi, si j’ai assez de textes, et si jamais un éditeur passe par là, croisons les doigts 😉

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