Chasse aux vinyles : Episodes 3

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Si le CD et le MP3 sont l’expression d’une consommation effrénée et consumériste, basée sur l’accumulation de musique, le vinyle en tant qu’objet demeure encore source de nombreuses et jolies surprises, souvent absentes dans ces formats modernes.

Parmi ces joyeusetés il y a les faces entièrement gravées par des dessins, sur laquelle il ne faut surtout pas poser le diamant de son tourne-disque, et qui constitue toujours une jolie découverte. Par exemple, celle qui illustre ce post, issue du single “Just Like Heaven” repris par Dinosaur Jr. J’avais trouvé ce vinyle dans un disquaire de Lyon, et dont je fis l’acquisition du single sans aucune hésitation, d’abord parce que j’adore cette reprise de Dinosaur Jr qui dépasse presque l’original des The Cure par sa puissance noisy et son irrévérence débraillée. Ensuite parce que l’objet est joli, et que le reste du single contient deux autres petits morceaux, annonçant “Bug”, plutôt efficaces.

Mais ceci reste encore assez anecdotique par rapport au Lock Groove enregistré.  A la base, le Lock Groove c’est le dernier sillon du vinyle. Ce sillon tourne en boucle, empêchant ainsi le diamant du tourne-disque d’aller se casser en partant au centre du disque. La plupart du temps, il n’y a aucune musique sur un Lock Groove, mais certains groupes ont eu l’intelligence d’y enregistrer une phrase musicale tournant ainsi à l’infinie. Les premiers à faire ça furent les Beatles sur “Sergent Pepper” ; JC Menu a d’ailleurs réalisé deux BD à la gloire des Lock Groove, dans la collection Mimolette éditée chez L’Association.

Pour ma part, je n’ai pas beaucoup de Lock Groove, mais quand j’en découvre un c’est toujours un moment de surprise et de bonheur. En voici deux que j’ai trouvé un peu par hasard. Tout d’abord sur la compilation “No Age – A Compilation Of SST Instrumental Music”, qui comme son nom l’indique contient des instrumentaux de groupes édités chez le label indépendant SST. On y trouve du très bon quand Black Flag balance la purée, sans que Henry Rollins ne vienne beugler, et du un peu barbant quand ça part en délire free-jazz-noisy-rock. Et sur la première face on trouve un morceau de Lee Ronaldo, Florida Power, qui dure 10 secondes et qui est tourne en boucle dans un Lock Groove. Ce titre est issu de “From Here To Infinity”, un album solo de Ronaldo entièrement composé de Lock Grooves !

Enfin le superbe “f# a#∞”, premier album de Godspeed You Black Emperor vient conclure une plage ambiante et hypnotique par un lock groove dont l’écoute répétitive apporte de nombreux effets psychédélique. Le ruban de Möbius dans le titre du disque aurait dû m’alerter, car effectivement il représente bien le cycle répétitif du Lock Groove. D’ailleurs, sur mon disque le Lock Groove se trouve avant un peu avant le centre du disque, et on peut lire ces quelques mots gravés sur le vinyle : “Black, uncertain, beautiful …”.

A noter que JC Menu parle dans sa BD “Lock Groove Comix” de l’album “Sex Bomb Baby” de Flipper, et notamment du Lock Groove qui vient conclure un Brainwash des plus lobotomisant. Et si comme moi vous avez acquis la récente réédition de cet album de Flipper, sorti en vinyle chez 4 Men With Beard, vous aurez la triste surprise de découvrir que le Lock Groove est absent. C’est dommage mais ça n’empêche pas de savourer la musique malsaine de ce groupe de Post-punk.

Enfin, il convient de signaler qui si vous écoutez des vinyles avec un tourne-disque doté d’un bras automatique, vous n’aurez aucune chance d’entendre un Lock Groove, puisque le bras sera revenu se ranger avant … Voilà, et vous serez prévenu, si je trouve d’autres joyeusetés du même genre.

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