The Informant! – Steven Soderbergh


J’ai toujours trouvé que Steven Soderbergh était un réalisateur moyen, qu’il développait beaucoup d’idées d’un point de vue formel, mais que l’ensemble manquait parfois de consistance, et c’est en rendant son propos plus léger qu’il réussissait à m’emporter en tant que spectateur (avec “Erin Brockovich ” ou “Hors d’Atteinte”). Pourtant je me suis quand même fader sa version longue du “Che” (les deux parties !) avec une certaine curiosité. Sa manière d’effleurer le mythe, avec des plans neutres et tremblotants, laissant la part belle au jeu de Benicio Del Toro, ne m’avait pas complément convaincu, et cela malgré une réalisation somme toute assez efficace. Avec “The Informant!” Soderbergh s’attaque à un sujet plus léger, avec un je-ne-sais-quoi d’intéressant, il faut dire qu’un film sur un affabulateur est toujours tentant.

La toile démarre sur un générique qui évoque “Conversation Secrète” de Coppola, avant de plonger dans les pensées légèrement schizophréniques de Mark Whitacre, qu’interprète très bien un Matt Damon grossi et enlaidi d’une moustache, pour finir sur des plans séquences d’open-space évoquant la COGIP et son Message à Caractère Informatif. L’éclairage très années 80 est la seule coquetterie en terme de mise en scène, pour le reste la caméra s’évertue à suivre son personnage de mythomane perdu dans une enquête policière qui avance au rythme d’une comédie grinçante, proche de celles des Frères Cohen.

Si le fond de l’histoire (une sombre histoire de prix fixé par des entreprises de maïs) se révèle peu passionnant, c’est avant tout les situations concasses dans lesquels Mark Whitacre s’embourbe au gré des mensonges qui se révèlent intéressantes à voir. Le jeu de Matt Damon est d’ailleurs excellent, nageant entre idiotie, psychopathie, et incarnant une certaine face du cadre moyen un peu plouc. La mise en scène est assez vacharde lorsqu’elle pointe du doigt le comportement de menteur de Whitacre ainsi que la façon dont les différentes bureaucraties (l’entreprise, le FBI, les avocats) se coincent joyeusement, tout en gardant une certaine sympathie pour ces personnages. Le film avance aussi au gré des mensonges qui relancent l’intrigue à chaque nouvelle invention du personnage de Matt Damon. Soderbergh est un cinéaste qui se trouve souvent là où on ne l’attendait pas, parfois sympathique, parfois décevant mettant en scène du mensonge en 24 images par seconde ; de là à dire qu’il s’agit d’un portrait caché il n’y a qu’un pas …

“The Informant !” est peut être un film un peu plus personnel qu’il n’en a l’air, d’apparence légère, amer quand on creuse un peu. Un film de plus  dans la carrière de Soderbergh, pas trop mal filmé, plutôt bien joué, avec un sujet intéressant. Sympathique, vite vu et peut être vite oublié lorsque le cinéaste passera à un autre sujet, sûrement très rapidement si on regarde le rythme de sortie du metteur en scène …

Par Mathieu

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