Espers – III

Il y a des chansons qui vous tombent dessus un peu par hasard, et vous font un bien fou, sans trop savoir pourquoi. Ces mélodies sont parfois le signe d’une transition qui vous font passer de la grisaille ambiante vers une certaine sérénité. Caroline, que l’on peut entendre sur le nouvel album d’Espers, « III »,  fait partie de ces compositions claires-obcures dont on sent bien dès les premières notes qu’elle nous accompagnera longtemps pour se consoler lors de certains soirs difficiles.

Pourtant Caroline demeure de facture assez classique, les cordes pincées, plutôt lumineuses, accompagnées de violons mystiques, y côtoient une section rythmique plutôt soutenue. C’est peut être la voix de Meg Baird, dont le timbre évoque parfois Sandy Denny de Fairport Convention ou Jacqui McShee de Pentangle, qui vient nous faire chavirer dans de lointaine volute nostalgique. Une sorte de psychédélisme lascive s’empare alors de nous pour nous transporter vers d’étranges contrées aux atmosphères sereines et enfumées …

Les autres titres de « III », plutôt bons dans l’ensemble, ne reproduisent malheureusement pas une telle bouffée d’oxygène. I Can’t See Clear, placée en introduction, donne le la de cet album de folk psychédélique, tandis que The Road Of Golden Dust installe tranquillement une atmosphère délicieusement hypnotique, permettant à Greg Weeks de chanter avec une voix distante, et de carresser nos oreilles avec quelques riffs de guitares électriques plutôt aiguisés, venant rompre avec l’ambiance d’écoute plutôt confortable. Un peu trop d’ailleurs, puisqu’au delà de cet excellent trio de départ, l’écriture d’Espers se répète sur le reste de l’album, où l’on sent venir comme une pointe d’ennui lorsqu’on arrive sur les derniers morceaux.

Cette légère déception laisse comme une impression en demi-teinte, ce qui est plutôt dommage tant le groupe possède une indéniable force mélodique et une capacité à installer des ambiances psychédéliques à la manière de nombreux groupes de folk anglais des années 70. Un titre se nomme d’ailleurs Pearl, comme si Espers cherchait à composer des morceaux qui sonnent comme des vieux trésors, à moins qu’il ne faille y voir là une référence à Pearl Before Swine, autre groupe de freak-folk des années 60 …

Par Mathieu

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