David Bowie – Earthling

Je me souviens lorsque David Bowie est passé à Nulle Part Ailleurs pour présenter deux titres de « Earthing », si ma mémoire est bonne je crois que c’étaient Telling Lies et Little Wonder, j’avais été surpris de ce retour, j’en étais resté à une image beaucoup plus lisse du Thin White Duke, la faute sûrement à ses disques des années 80 … Toujours est-il que j’avais loupé la sortie de « Outside » et que « Earthling », qui en prolongeait l’expérience sonore, me signalait qu’il fallait que je reconsidère rapidement le cas Bowie. Plus tard, j’ai acheté « Outside » avant de me replonger dans « Earthling », comme pour mieux comprendre ce come-back, le retour du grand Bowie, celui qui vampirise les plus belles tendances du moment, comme pour mieux servir son ambition musicale, comme pour en extraire ses plus beaux disques. Ca reprend du côté d’Aphex Twin, de Underworld, voire de Prodigy, mais ça reste un album de Bowie, comme une fusion entre le glam-rock de « Ziggy Stardust » et les différentes sonorités de la musique électronique des années 90, une sorte de « Scary Monsters » 2.0 (alors que « Outside » prolonge plutôt la trilogie berlinoise et sa collaboration avec Eno).

Je me souviens, j’étais en résidence étudiante et j’avais un voisin qui passait du Céline Dion à fond, nous étions en 1999 et je crois qu’il écoutait la BO de « Titanic ». Une fois j’ai mis « Earthling » à fond pour couvrir le chant ignoble de la québécoise et lui faire comprendre que ça me gavait. Un geste stupide, je le reconnais, le mieux aurait été de lui demander de baisser le volume pour que j’écoute tranquillement ma musique dans ma chambre. Toujours est-il que c’est dans ces moments-là que j’ai pris conscience de la richesse des arrangements que Bowie déploie sur ce disque, notamment le mélange de drum&bass, de techno, et de rock presque noisy, en particulier dans le travail des guitares de Reeves Gabrels qui viennent nous triturer les oreilles en plein milieu de quelques successions de blips grésillants.

Bien sûr il y a Little Wonder placé en ouverture, titre d’une rare efficacité, fait preuve de toute la mise en son que Bowie installe sur ce disque. J’aime bien aussi Telling Lies, avec ces deux parties, un début vraiment techno, et puis un changement vers la fin où l’on retrouve le Bowie plus classique sur les « Ooh ah oh Visionary / Feels like something’s gonna happen this year », une phrase assez belle qu’il magnifie de sa superbe voix. Plus calme Seven Year In Tibet lui permet même de ressortir son saxophone, instrument de prédilection s’il en est …

Et puis il y a I’m Afraid of Americans, titre produit par Trent Reznor et Brian Eno, dont l’alternance entre passages calme à l’atmosphère paranoïaque (« Johnny’s in America / Johnny looks up at the stars / Johnny Combs his hair / Johnny wants pussy in cars ») et des chorus beaucoup plus énervés (« Yeah I’m afraid of americans / I’m Afraid I can’t help it ») demeure toujours d’une rare efficacité.

Après ce disque, « Hours », « Heathen » et « Reality », trois albums plus calmes, où Bowie dans un ultime geste joue les cartes de la première décennie des années 2000, regarde en arrière, surtout de sa discographie, nous rejoue surtout certains de ses plus beaux titres en live. Et depuis plus rien …

( ♫ ) David Bowie – I’m Afraid Of Americans

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Par Mathieu

2 thoughts on “David Bowie – Earthling

  1. Vu le Bowie-maniaque que je suis, je saute comme un mort de faim sur ton excellent post car c’est pas si fréquent qu’on évoque (en bien) le Duke sur la blogsophère, en plus pour sa dernière période la plus créative même si j’ai un gros faible pour le serein et touchant “Heathen” de 2002.
    Même en ayant assisté à sa résurrection “outsidienne” en 95 (grand disque post-moderne des années 90), je me rappelle avoir été bluffé par la puissance sonique de cet “Earthling” rageur, venimeux et tendu… et puisqu’on parle de sonique, un des plus beaux concerts télévisés que j’ai vu est bien le concert qu’il donna au Madison Square Garden cette année-là pour ses 50 ans avec quelques guests négligeables comme Franck Black, les Foo Fighters, Robert Smith, Lou Reed, Placebo et surtout … Sonic Youth : leur version toutes guitares en avant de “I’m Afraid of Americans” avec le maître ressemblait à un furieux duel sonore dantesque.

    Super souvenir, je ne sais pas si ce concert historique est édité en DVD…
    Bowie convalescent depuis 2003 me manque et son absence a créé un vide artistique dans la scène rock à la hauteur de son talent (quoiqu’en disent les anti-Bowie)
    Je compatis pour les nuisances “diono-titanesques” et pardon pour ce commentaire exagérément long! 😉

    1. Ah oui j’aime bien Heathen, c’est le plus touchant en effet.
      Le concert des 50 ans est fabuleux ! Vivement une réédition en DVD parce que les vidéos sur Youtube ne sont pas toujours de bonne qualité sonore (notamment celle avec Sonic Youth).
      Pour la peine Quicksand avec Robert Smith, en acoustique et magnifique : http://www.youtube.com/watch?v=daRXb-yl89g !

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