La dernière nuit sur Terre

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J’imagine déjà la situation. Je suis en train de parler de Sonic Youth à quelqu’un qui ne les a jamais écoutés. Et puis là, tout d’un coup, entre deux bières, la personne me demande la liste des albums récents que le groupe a sorti. Il est possible que cette personne n’accroche pas trop sur le dernier album solo de Lee Ranaldo.

Maintenant, mettons que je suis en train de parler musique avec une toute autre personne, qui elle connaît par cœur la discographie de Sonic Youth, jusqu’aux K7 où Thurston Moore bidouille ses guitares pour en sortir du bruit qui sonne comme du Black Metal. Il est possible que cette nouvelle personne trouve aussi le dernier album solo de Lee Ranaldo un peu trop planplan et passe son chemin.

D’ailleurs, il est possible que j’aie l’air aussi peu convaincu que les personnes en question. Mais ça c’était avant, quand je n’avais pas pris le temps d’écouter « Last Night On Earth », quand je me disais que je trouverais sûrement un peu plus d’aventures musicales ailleurs.

Oui, pour ceux qui ne jurent que par les lock grooves de « From Here To Eternity », il fort possible que le classic-rock de « Last Night On Earth » fatigue un peu. Pourtant il y a dans ces compositions quelques choses qui vont un peu plus loin qu’une écriture inspirée par Wilco et les classiques de Sonic Youth, période « Daydream Nation » et « Goo ». Les titres s’étirent, les constructions sont en tiroir, et les triturages de Fender Jazzmaster sont encore là, souvent quand on s’y attend le moins. Alan Licht et Lee Ranaldo semblent prendre un malin plaisir à se lancer dans des improvisations électriques en plein milieu de morceaux plutôt pépères en apparence.

Et puis j’aime bien quand Lee Ranaldo se laisse tranquillement vieillir sur Last Night On Earth et surtout Home Chds qui nous parle de révolutions qui ne tiennent jamais leurs promesses. Je me demande si les récents événements d’Occupy Wall Street que Lee a suivis et photographiés n’ont pas donné une tournure légèrement désespérée à certains titres. A 57 ans, le regard qu’il porte sur le monde n’est sûrement pas le même que celui que l’on peut avoir à 36.

Et là, j’imagine à nouveau les situations où je discute du disque de Lee Ranaldo, que la personne connaisse ou pas Sonic Youth. Il est possible que je lui propose  de prendre son temps. Je me dis que c’est toujours un bon conseil …

( ♫) Lee Ranaldo & The Dust – Home Chds

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Mathieu

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