John Carpenter’s Vortex

John-Carpenter-–-Vortex

Paris 2022. Je suis arrivé par le train il y a une semaine, à la Gare du Nord, avec mon bardas sur le dos, un ordinateur portable intraçable et quelques vêtements propres. J’ai vite trouvé du boulot comme ouvrier-programmeur. Je maintiens du code toujours à deux doigts de s’écrouler. Je n’ai pas trop bien compris le but de ces applications, mais je crois qu’elles sont là pour occuper les masses et leur servir leur ration de spectacle désopilant sur internet. Je loge dans un vieil hôtel miteux du 18eme arrondissement. Ici, les attaques des hordes réacs néo-nazies se font plus rares. Il faut savoir se faire discret, surtout en cette période sombre où Marine Le Pen essaie d’annuler la prochaine élection présidentielle pour prolonger son mandat …

L’autre jour je cherchais des livres et des disques de contrebande – on est obligé d’en passer par là depuis que le gouvernement a interdit la culture en France – quand je suis tombé sur des ombres étranges. Au début j’ai cru voir les milices qui surveillent Paris afin de maintenir le couvre-feu, mais les ombres sont moins bruyantes, plus déterminées et moins bourrées au vin aussi je crois … Je me suis approché tout doucement. Je tenais mon CD de Bill Callahan sous le bras et j’ai vu des types qui placardaient des symboles sur les murs.« Ils Vivent ».  A leurs pieds, il y avait un milicien dans les vapes. Son visage était déformé. On aurait dit qu’il avait été arraché. Il semblait brûlé et une fumée verte s’échappait de son corps. J’ai d’abord crû à une hallucination mais en fait non, c’était la réalité. Aussi étrange que cela puisse paraître mes Google Glass étaient cassées et je voyais tout de mes propres yeux …

Le lendemain, j’ai pris le seul jour de congé auquel j’avais droit et je me suis promené dans les rues de Paris, avec mes lunettes électroniques cassées. J’y ai vu divers slogans que l’on ne remarque pas mais qui s’insinuent tout doucement dans notre cerveau : « Obéis », « Travaille sans réfléchir », « Ne pose pas de question », « reste docile », « aie peur de ce qui te semble différent », « achète », « consomme », « connecte-toi », « clique », « streame »,« commente » … Mon attitude a sûrement dû être interprétée comme douteuse puisqu’un flic s’est approché de moi pour me remettre dans le droit chemin. C’est là que j’ai revu ce visage brûlé et la fumée verte. Je me suis débattu. Je lui ai pris son flingue et je lui ai logé une balle dans le ventre. Il s’est évaporé et une étrange soucoupe s’est mise à sonner l’alarme. Je me suis enfui en courant jusqu’à mon hôtel du 18eme arrondissement. Là j’ai retrouvé un vieux Manurhin MR73 dans un carton à chaussure. J’ai attendu la police et je me suis défendu comme j’ai pu …

Depuis j’attends mon jugement. Je suis surpris d’être toujours en vie. On m’a enfermé dans une prison avec des menottes aux pieds. Comme je me suis tellement bien défendu il paraît que l’on veut m’envoyer dans une sorte de mission secrète au fin fond d’une prison fortifiée, bâtie sur les ruines de la Défense. Mais il paraît que la révolte gronde. Les ombres sont en train de donner l’assaut sur le centre de détention où je suis enfermé. J’attends. On verra bien. Tout ce qui compte pour moi c’est de vivre soixante secondes de plus …

( ♫) John CarpenterVortex

Mathieu

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *