Xiu Xiu – Dear God I Hate Myself

On imagine bien James Stewart composer sa musique avec l’intention d’être comme l’expérience d’une séance de bondage pour ses auditeurs, tant son dernier disque, « Dear God, I Hate Myself » procure un étrange mélange de plaisir et de souffrance.  Il faut dire que le cerveau de Xiu Xiu s’y connaît en arrangement tortueux, je me souviens encore avec émotion de sa cover de Ceremony, où sa voix apeurée réussissait à se hisser à la hauteur de l’illustre chanteur qu’il reprenait. Entouré d’une nouvelle chanteuse, Angela Seo,  et du batteur Ches Smith, James Stewart continue de mélanger électro, new-wave, arrangements folks, voire classiques et bruits expérimentaux.

En apparence plus accessible que ces prédécesseurs, « Dear God, I Hate Myself » n’en demeure pas moins un disque torturé et sombre. Cependant on sent comme une pointe d’humour noir par endroit, une touche légère qui donne à cet album les atours d’un chef d’œuvre instantané. En écrivant ses paroles les plus autodépréciatifs pour ses chansons les plus immédiatement pop et des textes presques drôles pour ses morceaux les plus cérébraux, James Stewart fait preuve d’un bel esprit tordu, quelque chose qui fait chavirer immédiatement.

Tout au long du disque, James Stewart distille insidieusement quelques expérimentations bruitistes à l’évidente pertinence sur des compositions plutôt accessibles. L’inaugural Gray Death mélange allégrement guitare folk, synthé 80’s, bidouillage électro, et surtout donne un cadre idéal pour cette voix un brin cérémoniale qui file la chair de poule avec ce texte dont on ne sait à quel degré il faut le prendre, « beat me to death ‘cause I said it» … Même constat pour le superbe Dear God, I Hate Myself qui démarre sur quelques accords lâchés sur une guitare accoustique avant de s’achèver sur un étrange mélange de sons concassés, millésimés Nintendo 8 bits. Sur le reste du disque, Xiu Xiu se fait plus électro, et donnerait presque envie de se remuer le derrière avec Chocolate Make You Happy et son texte absoluement irrésistible.

James Stewart, écartelé entre l’immédiateté de ces morceaux et une approche que l’on pourrait qualifier d’avant-gardiste, réalise là le premier grand moment de 2010, un disque un peu déconcertant mais non moins imprévisible et fascinant.

Par Mathieu

Chronique publié de façon légèrement différente sur Indiepoprock.net

Lire aussi la chronique de Benjamin Fogiel sur Playlist Society

2 thoughts on “Xiu Xiu – Dear God I Hate Myself

  1. Complètement en phase avec toi : un des disques les plus excitants qui m’ait été donné d’écouter en ce début d’année 🙂

    J’ai déjà écrit ma chronique dessus et je la publierais au moment de la sortie de l’album ! Mais tu verras on y dit sensiblement la même chose.

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