Route Du Rock – 14 Août 2010

"One Of These Days, These Boots Are Gonna Walk All Over You"

« It’s vast and it’s gray and it’s also raining for weeks and I’m tired and I think we should go back to our motel. I mean, is that unreasonnable ? Abby ? »

Alan Moore in Saga Of The Swamp Thing Vol. 1 Ed DC Comics.

Aujourd’hui on était dans la boue jusqu’au cou. Ca nous pendait au nez, la pluie est finalement venue, et a transformé le site du fort de St Père en un immense marécage. Une certaine idée de l’enfer, d’autant plus que la programmation est un peu plus faiblarde aujourd’hui : Martina Topley Bird, The Hundred In The Hands, Massive Attack. Dans ce cas, pas question de se plonger immédiatement dans cette atmosphère glauque. C’est l’occasion pour aller voir DM Stith et Hope Sandoval au Palais du Grand Large, à l’abri, au chaud et assis.

Comme si cette journée n’était pas assez placée sous le signe de la malchance, DM Stith est coincé dans les bouchons de St-Malo à cause de l’orage et ne peut pas être présent pour jouer son set. Alors on attend Hope Sandoval, en regardant les musiciens vérifier dans les moindres détails le bon fonctionnement de leurs instruments, ce qui laisse augurer d’un concert réglé jusque dans les moindres détails. Impression confirmée dès le début, où la chanteuse joue dans le noir, avec juste quelques petites lumières bleutées, et une projection de vieux films en noir et blanc, recolorés avec un filtre orange délavé. Une ambiance précieuse qui accompagne à merveille la musique éthérée d’Hope Sandoval, qui rejoint le psychédélisme léger de Mazzy Star, sans pour autant en retrouver toute la grâce et la beauté. Mais ça fonctionne plutôt bien, on se laisse vite captiver par cette atmosphère tantôt folk (ahh Hope et son harmonica), tantôt blues et rock. Et puis il y a cet étrange xylophone, Hope Sandoval en joue parfois au milieu de certains morceaux. De belles notes, parfois stridentes. Et même si l’ennui pointe parfois, même si les morceaux sont moins étincelants que ceux de Mazzy Star ; rétrospectivement, ce concert sera l’un des meilleurs de la journée …

Hope Sandoval et les concerts dans le noir

Dehors il pleut toujours, je me décide alors d’acheter des bottes si je veux éviter d’avoir des problèmes dans les sables mouvants. Malheureusement, plus une seule botte de disponible, j’opte donc pour des chaussures moches mais confortables et résistantes. Ce n’est pas fini. Il faut maintenant sortir des bouchons de St-Malo. On arrive donc en retard sur le site du Fort de St-Père, et on rate Martina Topley Bird. On débarque alors pendant le set de The Hundred  In The Hands. Le premier titre qu’on entend est plutôt efficace, on secoue un peu la tête, on évite la boue qui gicle lors des sauts des danseurs. Et puis au bout de deux ou trois morceaux on se lasse. Le duo se contente d’appuyer sur la beat-box qui fait tataboumboum, de lancer quelques riffs binaires et de copier les pauses de Kills. Bref on attend la suite les pieds enfoncés dans la boue. Heureusement il ne pleut plus …

Une photo moche des Foals

Cette accalmie va heureusement durer toute la soirée, mais le site ressemble maintenant aux Everglades, alors on reste devant la scène à attendre l’arrivée de Foals. Notre patience est vite récompensée car le groupe se met assez rapidement la foule dans la poche après avoir démarré calmement avec un titre de son second album, puis enchaîné sur l’énorme Cassuis d’une rare efficacité. Les guitares sont précises, imitent les tonalités funky et afro-beat, les basses sont épaisses et mélodiques, et la rythmique dansante. Difficile de résister au set impressionnant des Foals, qui ont eu la bonne idée de démarrer et de finir sur des morceaux d’ »Antidotes », plus efficaces, et de caser au milieu des titres de « Total Life Forever », plus cérébraux.

Maintenant il fait noir, nous attendons sans bouger, devant de la scène, de peur de tomber dans une grosse flaque d’eau. C’est un mélange paradoxal d’impatience et de lassitude qui s’empare de nous. Impatience car je me souviens avoir vu Massive Attack en concert il y a douze ans, pour la sortie de « Mezzanine », un grand moment, et aujourd’hui je suis curieux de voir ce que ça donne en live. Lassitude, car les conditions ne sont pas forcément les bonnes et aussi parce que les deux derniers albums de Massive Attack m’ont passablement ennuyé …

Sur scène, ce n’est pas l’extase non plus. 3D a visiblement pris le contrôle et semble avoir reléguer Daddy G au second plan, en l’appelant de temps en temps pour venir chanter sur certains titres. On est loin de l’esprit égalitaire du début … Martina Topley Bird revient comme prévu sur scène et heureusement Horace Andy est toujours là, mais beaucoup plus vieux, et ça se sent un peu. Le fidèle chanteur de reggae a toujours une très belle voix et donne une touche d’humanité non négligeable au set très froid de Massive Attack. Boîte à rythme, clavier,  un peu de guitare et surtout une grosse grosse basse jouent scolairement quelques morceaux, avant que ça se réveille un peu avec des passages de « Mezzanine », tandis que des messages politiques, niveau CM2, défilent dans le dos du groupe, dans un design digne des terminaux Unix que l’on trouve dans certaines salles informatiques. Bref, tout ceci est d’un profond ennui …

La boue, la fatigue et le froid ont raison de notre motivation, nous rentrons alors nous coucher. Et puis de toute façon je n’ai pas aimé le premier album des Two Door Cinema Club … Bilan des bons moments de cette seconde journée : Hope Sandoval et Foals. A suivre …

Texte et (mauvaises) photos par Mathieu

7 thoughts on “Route Du Rock – 14 Août 2010

  1. Hello.
    Massive Attack, groupe culte ô combien adulé lors des 90′, ne m’excite plus. Pourtant, le chef d’œuvre “Mezzanine”, combien de fois l’ai-je écouter ??
    Et je suis de ton avis. Déjà, “100th Window” m’avait lassé. Quand au dernier, je l’ai à peine écouté.
    Je me souvient les avoir vu au Sziget Festival de Budapest en 2003: Le plus “gros” concert de ma vie (+ de 50 000 spectateurs) mais pas le meilleur, et de loin. Le groupe n’était plus que l’ombre de lui-même.

    Les Foals ont l’air d’avoir sorti un bon second disque, il faut que je l’écoute.

    Sur le blog de J.Ghosn, on parlaient de The Fall il y a quelques jours. Et Joseph demandait de faire ma PLAYLIST The Fall. Si cela te dis, je l’ai posté avec (chronologiquement) mes disques préférés.

    A + +

    1. Ah, il faut que j’aille voir le blog de J.Ghosn. Par contre je n’ai écouté que 25% de la discographie de The Fall, mais je dois pouvoir faire une playlist 🙂

  2. Ces playlists sont parti d’un commentaire sur un post d’un groupe qu’un lecteur trouvait “clone” de The Fall, Factory Floor. Et Joseph demanda alors nos listes car il ne les avait pas écouté depuis longtemps. Et en fanatique des liste, nous voici…..et c’est ici :http://josephghosn.com/2010/08/12/je-nai-pas-tort-jaime-de-plus-en-plus-factory-floor/
    Tu trouvera cette playlist aussi sur mon blog avec en plus commentaire et pochette pour chaque disque : http://muziksetcultures.over-blog.fr/ !!!

    Tu sembles comme moi très fan de bandes dessinées. Connais-tu celle que Luz a faite sur eux en 2003, plus particulièrement sur Mark E Smith ??? Elle se nomme “The Joke” (édition Les Requins Marteaux). 66 pages en noir et blanc avec le superbe dessin de Luz et son habituel humour et regard décalé. Il voue un immense culte à Mark E Smith (déjà présent dans son histoire sur LCD Soudsystem in “Rock Strips”).
    Il a aussi créé les mythiques “Claudiquant sur le dance-floor” (05), “Faire danser les filles” (06) et cette année “Trois morceaux sans flash” avec le photographe Stef Mel. Pour ce dernier, je te conseille la lecture de ce post sur l’excellent blog de Vincent Brunner : http://playbackboum.blogspot.com/2010/02/stef-mel-lu-trois-morceaux-sans-flash.html

    Allé, j’arrête mes blablas et à +
    P.S : Si mes longs commentaires t’emmerde, dis-le moi car apparemment, certains me trouve “trop bavard” sur le blog de Joseph Ghosn. Merci d’avance.
    Amicalement !!!

    1. J’ai repéré les BDs de Luz, mais je ne les ai pas encore acheté (j’ai disons, un problème d’étagères :))

      1. Je te comprend car moi c’est un peu la même chose, surtout que je conserve religieusement TOUT mes Inrocks, Rock’n’folk ou encore Rage (revue rock indé années 94/95)…+ TOUTES mes B.D !!! Et cette manie de tout conserver agace passablement mon amie qui ne comprend pas. Ah, passion de la b.d et du rock’n’folk, quand tu nous tiens !!!!!!!!!!

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