
J Mascis, Lou Barlow et Murph ont réussi une chose que je ne pensais pas vraiment possible : connaître parfaitement un disque avant même de l’avoir écouter. C’est le cas de « There Near », le sixième album de Dinosaur Jr depuis sa reformation en 2007. Une période qui affiche presque 20 ans au compteur, c’est plus que celle qui s’étend de 1984 à 1997, de « Dinosaur » à « Hand It Over ». Un laps de temps où le trio a réussi à forger dans nos cerveaux une série de mélodies inoubliables gorgées de fuzz qui débarquent comme une horde de frelons, de voix nasillardes, de gammes pentatoniques traversées en long, en large et en travers, avec une certaine nonchalance.
Une suite d’accords majeurs distordus par un nombre incalculable de pédales Big Muff placées les unes après les autres, une basse ronronnante, écrasante, jouée comme une seconde guitare rythmique, parfois en contrepoint avec le reste du morceau, un solo de Fender Jazzmaster qui donne l’impression d’avoir toujours été entendu mais qui arrive encore à nous tirer un sourire béat, une batterie en béton armé et une voix inimitable, à la fois aiguë et ailleurs, quasiment peu impliquée dans son propre chant. Dinosaur Jr donc, des compositions qui sonnent comme une évidence, que l’on réécoutera comme toutes les autres, comme un instant confortable, comme une capsule où les temps n’aurait aucune prise.
Lou Barlow a toujours droit à composer deux titres sur lesquels il chante aussi. Je ne vous cache pas que je l’ai toujours trouvé un peu plus touchant que son frère ennemi Joseph Donald Mascis, mais c’est juste une histoire de goût. Sur Blowin’ Up, il fredonne sur une épaisse guitare slide jusqu’à nous faire regretter qu’il n’ait pas sorti d’album solo depuis 2021. Un bourdonnement probablement bidouillé sur un synthétiseur lo-fi dans son mini-studio s’incruste dans le mix sur la seconde partie du morceau. Il ne faudra pas chercher plus loin pour y entendre ici une ultime expérimentation sonore.
Mathieu