Florian Hecker, Bill Orcutt et Christian Fennesz au Centre Pompidou

Vendredi 24 Février. J’imagine déjà Bill Orcutt assis sur scène avec sa vieille guitare acoustique. Et puis je m’attends à voir Florian Hecker et Christian Fennesz manipuler je ne sais quelles nappes atmosphériques depuis leur laptop. Je marche en direction du Centre Pompidou. J’avoue n’être jamais allé voir un concert là bas. Comme je suis un peu en avance, je flâne doucement dans les galeries modernes, dont l’architecture ressemble à une sorte de vision du futur antérieur à notre époque.

J’entre enfin dans la salle, un immense auditorium aux couleurs bleutées, et je ressens alors comme un vague sentiment de froideur et de tristesse. Je m’assois au deuxième rang. Je regarde autour de moi, le public est varié. Et puis la salle se plonge dans une semi-pénombre, avec des lumières toujours aussi bleu. Florian Hecker commence son set. Il n’y a personne sur scène, on voit juste deux immenses amplificateurs. Le compositeur allemand arrange quelques bruits derrière son laptop et les concatènent dans une sorte d’électro ambiante jouant des atmosphères bourdonnantes. Le son prend de l’ampleur grâce à la spatialité qu’offre la salle. Florian Hecker est placé à l’arrière de la scène, place généralement prise par l’ingénieur du son, quoi de plus normal pour un artiste de musique électronique finalement …

Seulement voilà,  le volume de ces bourdonnements sonores agressent très rapidement les oreilles de certains spectateurs qui se lèvent furieux, sommant Florian Hecker de jouer moins fort avant de l’insulter en le traitant de fasciste. Alors que je me demande qui est le fasciste – celui qui joue fort ou celui qui veut arrêter la musique ? – l’agressivité gagne une bonne partie de la salle qui ne supporte donc plus ce qui est en train de se jouer. Je regarde les spectateurs agités tout en me demandant quand est-ce qu’il y en aura un qui montera sur cette scène vide ? Ca arrive lorsqu’un premier type manifeste son mécontentement en se posant au milieu en levant un majeur (mais pourquoi tu viens là ? tu ne pouvais pas tout simplement sortir !!!) Et un deuxième renverse et démolit les deux immenses enceintes se trouvant sur la scène, coupant net le set avant de se faire arrêter par les flics !!!… Tout ça pour ça, alors qu’il suffisait, encore une fois, de sortir …

Après ça, l’ambiance se détend un peu, la lumière s’éteint, et Bill Orcutt arrive, pieds nus, seul avec sa vieille guitare acoustique. Il s’assoit devant nous et semble entrer dans une sorte de transe comme pour mieux capturer des fantômes évanescents du blues et du folk et nous les recracher d’une façon à la fois brut et résolument ancrée dans notre présent. Avant de venir, je ne cachais pas mon enthousiasme pour voir cet artiste, tant ses disques m’ont marqués. Il y a dans cette façon de jouer de la guitare de l’instinctivité qui m’avait transportée les rares fois où je suis arrivé à improviser quelques atmosphères bruyantes avec des amis quand j’officiais à la basse dans un groupe noisy, dont notre seule fait d’arme restera des dimanches à écumer des vieux studios dont la location de salles d’enregistrement …

( ♫ ) Bill Orcutt (une partie du premier titre joué)

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Bill Orcutt donc. L’ancien guitariste d’Harry Pussy ferme les yeux, tord son pied, gémit, et se convulse sur son instrument. Les notes s’accélèrent, quelques microtonalités semblent sortir de cette vieille guitare folk, qui semble comme hantée par quelques vieux chanteurs de blues. Je trouve cette musique fascinante et prenante. Le set s’arrête au bout de quatre titres, Orcutt est épuisé, ça se comprend au vue de la superbe performance qu’il vient de jouer. Il semblerait aussi que les mécaniques de la guitare se soient abimées …

( ♫ ) Bill Orcutt (second titre)

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Christian Fennesz pour finir. Après Bill Orcutt, j’avoue avoir été un peu moins passionné par le set un peu froid de Fennesz, même si les drones distordus qui se mélangent avec des phrases de guitare shoegaze ont eu sur moi un effet quasi-hypnotique par moment. Mais j’ai comme un coup de fatigue. A la fin, je ressors du Centre Pompidou légèrement abasourdi. Je marche un peu jusqu’à St-Michel avant de rentrer chez moi. Je repense au set de Bill Orcutt en me disant que ce qu’il a joué ce soir représente pour moi l’une des plus belles improvisations acoustiques que j’ai pu voir …

Texte, photos et bootlegs (effaçables sur demande) par Mathieu Gandin

8 thoughts on “Florian Hecker, Bill Orcutt et Christian Fennesz au Centre Pompidou

  1. “Hecker reste de marbre derrière son matos, planqué en haut d’une salle qui lui demande sur tous les tons de condescendre à baisser le volume, que la plupart s’accordent à trouver trop fort (et la majorité a toujours…). Hecker est comme un gosse qui refuse de lâcher son gros jouet, il continue à emplir la salle de son ego ronflant. Les esprits s’échauffent… le fantôme des Indignados et d’Occupy remue dans un coin. Je me demande comment il se sent, l’autre ; il faut être sacrément égocentrique pour pouvoir ignorer plusieurs centaines de personnes. Quelqu’un (un vague héros) va finalement détruire la machine ; l’effet est assez spectaculaire, mais ce n’est pas ça qui compte. Ce qui importe, c’est que rien de tout ça ne serait arrivé dans un bar. Dans un bar, il y a un échange recherché entre les musiciens et le public. Or, le contexte du musée a ici implicitement mis en place une assymmétrie entre l’artiste et l’audience. Tout-puissant, l’artiste se sent en droit d’imposer son oeuvre à une audience dont il refuse de tenir compte et c’est à cet abus de pouvoir que répondent les gestes de contestation qu’on a vus. Je remonte les escaliers juste pour voir le visage de Florian : il se gausse. Il a le crâne rasé et il porte une veste en cuir noir.”

    1. Encore un fois, je pense que le comportement le moins violent reste celui de sortir de la salle si vous trouvez que ça joue trop fort, musée ou pas, florian hecker continue de passer sa musique et votre oreille se porte mieux …

      Je ne comprends pas ce jugement “Hecker est comme un gosse qui refuse de lâcher son gros jouet”. Je me demande qui tu es pour parler de cet artiste comme ça ?…

      Bref, j’insiste, si ça ne te plait pas, sors … (et moi je commençais à bien rentrer dans les ambiances de Florian Hecker, juste avant cette interruption …)

    2. Deux trois commentaires à propos de ce florilège d’âneries. Ne prenez pas votre délire pour la réalité : la majorité des personnes présentes était venue écouter Florian Hecker, musicien reconnu depuis plus de dix ans, en toute connaissance de cause. Une majorité de personnes trouvait également que le volume sonore général était tout à fait acceptable. J’ai pour ma part, déjà assisté, les dix dernières années, à des concerts de musique électronique dans la même salle de Beaubourg (Pan sonic, Russell Haswell, et le même Florian Hecker en septembre 2002), jouant à un volume sonore égal ou supérieur, et aucun incident ne fut à déplorer. J’étais venu pour écouter la musique de Florian Hecker, pas pour échanger avec lui ou me croire au musée, et effectivement, vous feriez peut-être mieux de retourner dans les bars plutôt que de venir nous pourrir notre soirée, en vous faisant passer – le comble ! – pour des rebelles indignados. Dites vous bien que les seuls nazis dans l’histoire, c’est vous, et votre pauvre “héros” ayant ruiné les hauts-parleurs.

      1. Du reste, je suis convaincu que ce n’est pas tant le volume sonore, modéré, que la nature extrêmement particulière des sonorités employées par Hecker (hautes fréquences, effets psycho-acoustiques, etc) qui a rendue tarée une partie du public, qui n’a pas supporté, accepté de se laisser envahir l’oreille. D’une certaine manière ce concert fut à la fois magnifique et horrible : confirmation de la puissance de la musique, mais aussi de l’horreur d’un certain public parisien (français?), qui a gravement empiré en dix ans…

  2. Quand on va voir un concert, qui plus est, dans une institution comme le Centre Pompidou, on ne va pas voir un spectacle du type “Star Academy” ou le public vote par le biais d’un SMS.

    Ces arguments de la supposé dictature de l’artiste musicien face à la foule psychologiquement hermétique est un comble.
    Dictature artistique d’un bref instant, peut-être, mais rien ni personne ne vous a contraint de venir à ce concert.
    Le public français est on ne peux plus fermé vis à vis des pratiques sonores dites extrême ou décalé. Si c’est pour agir de la sorte, il serait plus judicieux pour certains de ne pas sortir de chez eux et de plutôt écouté Radio FIP.

    Ce qui manque à cette histoire c’est que Florian Hecker n’est pas cassé la gueule à la personne qui ai osé touché les enceintes.

  3. C’est assez triste ces réactions mais je ne suis pas vraiment étonné vu à quelle vitesse avance les notions de confort et de conformité (donc de tachisme… envers à peu près tout).
    Il y a un moment où il faudrait que le public comprenne une chose essentielle: certaines musiques (notamment dites “expérimentales”, industrielles, ambient, drone, noise, certaines formes de Métal… les musiques extrêmes en fait, dans un sens ou dans l’autre) ne sont pas uniquement faites pour être écoutées de l’extérieur. 50% de leur intérêt viens de l’écoute “intérieure” que l’on en a et donc des réactions et sensations (agréables ou pas) qu’elles nous procurent.

    Faisant moi-même ce type de musiques, je peux dire qu’en ce qui me concerne (et je pense que c’est le cas de pas mal d’artistes dans ces styles) je recherche strictement l’inverse d’une espèce de “domination” du public.
    Quand je fais des choses extrêmes (cela peut prendre une forme violente, ou au contraire très douce, quelque chose de presque statique et de très long..), mon but n’est pas de faire fuir les gens ou de les endormir, mon but est justement de faire en sorte que chacun ait SA propre expérience, unique et différente de celle de son voisin et qu’avec un peu de chance il partage son expérience avec ce voisin.
    Sans doute une volonté de rétablir une vérité (chacun est unique mais nous sommes aussi tous complémentaires… autrement dit, chacun a quelque chose à apporter à ce monde et ce monde ne sera équilibré que quand tout le monde y aura sa place.. vachement hippie pour un fasciste hein ?) que certains veulent voir disparaître au plus grand bonheur de leur compte en banque et/où de leur ego démesuré (Plus facile de contrôler et de vendre à des gens qui se ressemblent. Moins il y a de cibles, plus elles sont faciles à atteindre… logique.)

    Alors bien sûr il y a quelque chose qui tient de la provocation et une recherche des limites, mais elle n’a pas pour but d’imposer quoique ce soit (car oui, les spectateurs ne sont pas enchaînés !), le but inavoué est que les personnes dans la salle fasse l’expérience de quelque chose qui est une valeur de plus en plus rare: La transcendance !
    Si l’hommes est devenu l’espèce dominante (merde encore ce mot !) sur cette planète c’est grâce à cela: sa faculté d’adaptation, ce qui implique de connaître et de comprendre son environnement et d’agir en conséquence (d’une façon pas trop conne hein..). Il y a bien longtemps c’était: soit tu te sens capable de tuer le mammouth à mains nues et tu y vas, soit tu cours… vites ! Sinon tu meurs et moi je ne serai pas là pour taper ce commentaire qui sera lu en diagonal par 95% des gens parce que ” ‘tain, keskinousfé le filosofe avec son comment de 2 plombe ??? Y peux pas fer en 60 caractère com sur twitter ???!!!!)

    Les gens qui vont voir des concerts de ces types de musiques devraient avoir pleinement conscience de ça et agir en conséquences… ne pas y aller où sortir si ils y sont déjà.

    Quoique le démontage d’enceintes est aussi une option…

    Si ça se trouve, le type qui a fait ça ravale sa frustration par rapport à plein de choses depuis des années et ce concert a été l’occasion pour lui de sortir de sa coquille… Ou peut-être qu’à posteriori, il se sera rendu compte qu’il a sur-réagit car “ce n’est que de la musique”… Si c’est le cas, et même si je n’y crois pas trop, Florian Hecker aura atteint son but.

    Après il y a sûrement un côté snobisme qui explique les réactions. Si la moitié de la salle était venu juste pour dire d’être venu (c’est la top frime le Centre Pompidou !!), ça n’est pas si étonnant. (J’avais vu Nosfell au centre Pompidou dans cette même salle, pour une collaboration avec Phil Minton. Beaucoup étaient venu en s’attendant à un concert de Nosfell. Le set a duré 1 heure, était composé d’une improvisation dont John Zorn n’aurait pas forcément refusé la paternité… ^^)

    Alors les gens, avant d’aller voir des concerts, renseignez-vous sur ce qui vous attend si vraiment vous êtes de nature craintive et addict à votre petit confort, et puis même si c’est différent de ce dont vous avez l’habitude, tentez le coup, vous verrez, le lâcher-prise, ça vous change un être humain… 😉

    PS: Depuis le temps qu’on vous dit qu’il faut mettre des bouchons d’oreilles aux concerts, bordel !!!

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