Jeff Parker – Mondays at The Enfield Tennis Academy

Deux batteurs s’échinent sur scène à jouer aussi précisément qu’une boite à rythme. Les musiciens passent d’un instrument à l’autre. Les compositions de Tortoise sont parfois complexes, répétitives, atmosphériques, fonctionnelles. Et au milieu de tout ça Jeff Parker joue de la guitare. Immuable, discret, on le reconnaît immédiatement quand il joue ce chorus sans forcer. S’imposer par la discrétion avant de disparaître dans le mix.

Mais reprenons, car la musique de Jeff Parker semble prendre une autre direction depuis ces deux dernières années. « Forfolks » avait été enregistré en quelques jours avec une guitare et quelques pédales d’effet. Les compositions sont ambiantes jusqu’à explorer des voies plus lumineuses et moins mécaniques que celles de Tortoise. On l’imagine pas très loin de nous, les yeux tournés vers les étoiles et les doigts en train de pincer les cordes de son instrument.

Si les lignes mélodiques de Jeff Parker chez Tortoise évoquent un Thelonious Monk déconstruit par le studio d’enregistrement, le voilà aujourd’hui en quatuor sur « Mondays at The Enfield Tennis Academy », à jouer du jazz, mais parfois du post-rock, avec un groupe de jazz. Trois longs morceaux quasiment improvisés sur trois jours dans un bar de Los Angeles réquisitionné pour l’occasion. Trois morceaux où le groupe déploie progressivement un ensemble de mouvement musicaux qui iront jusqu’à nous faire découvrir de nouvelles constellations.

Jay Bellerose démarre le troisième morceau du disque, 2019-05-19, avec un break de batterie qu’il tiendra pendant une vingtaine de minutes. Anna Butterss joue une ligne profonde à la contrebasse. Elle s’étire sur plusieurs moments avant de laisser rentrer le saxophone et la guitare. Les deux instruments se répondent un temps avant que Jeff Parker ne s’efface lentement, laissant la place à un bourdon spatial. Les yeux tournés vers les étoiles Jeff Parker revient pour un chorus joué sur le fil du rasoir, le déluge de notes prend la place qui lui est dû jusqu’à la dissonance, avant de redonner la main à Josh Johnson. Le saxophone est fantomatique, on inspire profondément. On est là, on n’est plus là. Il est déjà temps de décoller vers d’autres astres.

( ♫) Jeff Parker – 2019-05-19

Mathieu

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