Trupa Trupa – Of The Sun

1998, il est 13h et c’est un samedi. Je suis dans une salle de TP, le chauffage est à fond et je suis face à un ordinateur capricieux. J’écris des instructions informatiques mais rien ne marche. D’autres étudiants sont autour de moi, ils rangent leurs sacs, ils sourient, c’est le début du weekend et les affaires tournent plutôt bien pour eux. Mon ordinateur n’en peut plus, moi non plus d’ailleurs et je décide d’en rester là. Je ressors dépité, en me disant que je n’y arriverais jamais. Dehors c’est l’hiver, il fait froid, quelques flocons de neige s’abattent sur la ville. Je mets mon casque sur les oreilles, le morceau est plutôt triste, il a été écrit par un obscur groupe de slow-core. On me regarde comme s’il fallait que je fasse quelques choses pour m’en sortir. J’ai le moral dans les baskets mais ça va.

2019, j’ai fait beaucoup de choses depuis pour que ça aille mieux et de temps en temps certains groupes viennent me rappeler cette époque. Les quatre musiciens de Trupa Trupa sont de cette trempe et on peut dire qu’ils savent planter le décor. Ecouter « Of The Sun », c’est plonger tout droit dans la grisaille de l’automne. Leur rock est blafard et je me dis que ça vient de leur basse proéminente, elle tourne en boucle comme un échantillon sonore avant de prendre toute la place dans le mix laissant les guitares seules avec leurs mélodies tristes. Les compositions sont en mode sombre, mais parfois, au milieu, un rayon de soleil pointe dans le ciel, un moment mélodique vous attrape par la main. Après tout, la lumière brille pour tout le monde à Gdañsk.

Dream About, c’est la musique que l’on écoute quand on est au bout du rouleau et qu’il nous reste une once d’espoir, car on ne peut que remonter la pente après. C’était déjà le cas avec la plupart des morceaux de leurs précédents albums, « Headache » et « Jolly New Song », où chaque note voulait réanimer cette façon de jouer du rock à la fois désabusé et déterminé, plongé dans la pénombre. Tout semble déjà dit avec Dream About, ce titre ouvre parfaitement bien l’album et annonce déjà les guitares neigeuses de Anyhow ou encore Satellite. C’était déjà comme ça avec ce vieux groupes de slow-core que j’écoutais en 1996 et c’est comme ça avec Trupa Trupa aujourd’hui (avec sûrement moins d’emmerdes étudiantes, il faut bien le dire, et les ordinateurs marchent mieux avec moi maintenant). C’est peut être ça la détermination d’un grand groupe, savoir planter le décor en quelques notes et nous accompagner, on l’espère, pour toute une vie.

( ♫) Trupa Trupa – Dream About

Mathieu

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